Billet : les mauvais gouvernants & les révoltes populaires

Billet : les mauvais gouvernants & les révoltes populaires

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Récit d’un épisode important et méconnu de l’histoire de France. Toute comparaison avec la situation actuelle serait purement fortuite.

En l’an de grâce 1358, la France traverse une profonde crise politique, économique et sociale. Le pays est alors ravagé par les combats de la Guerre de Cent ans et la peste noire a durement frappé la population au cours des années précédentes, faisant des millions de victimes.

Photomontage réalisé sur une illustration de la Grande Jacquerie, soulèvement paysan survenu en 1358 à Meaux.

Face aux situations désespérées, le peuple se tourne naturellement vers ceux qui le dirigent pour obtenir espoir et issue favorable. Mais, de défaites en débandades, les nobles du royaume sont éparpillés et décrédibilisés, et le roi de France lui-même, Jean II Le Bon, est prisonnier des Anglais. Quant au dauphin, Charles V Le Sage, il ne parviendra à s’emparer du trône et rétablir le calme que quelques années plus tard.

En 1358, la situation est donc dramatique, plus rien ne s’oppose au chaos, l’ordre est précaire, chacun s’efforce de survivre comme il le peut, les intérêts privés et les conspirations s’aiguisent. Par inconscience et suffisance, quelques dirigeants imprudents décident pourtant d’accroître la pression fiscale envers le peuple. Dès lors, l’insurrection éclate.

Dans les campagnes, en périphérie de l’Île-de-France, l’étincelle de l’injustice et de l’étranglement fiscal provoque la révolte des paysans. Sans gilets, la mine un peu jaune, ceux que l’on surnomme à cette époque les « Jacques », ancêtres des « sans-dents », prennent les armes contre ce pouvoir imbécile qui les opprime et les méprise.

Loin du confort des villes et des salons de courtisans, la ruralité se soulève toujours lorsque le pouvoir central perd toute mesure contre ceux qu’il est censé servir.

En mai 1358, l’insurrection devient excessive et sanglante, à la hauteur de l’exaspération et du désespoir. C’est le début de la première Grande Jacquerie, qui durera plusieurs semaines. Pour écraser cette révolte populaire, Charles Le Mauvais, roi de Navarre, prend la tête d’une coalition de nobles. Une répression féroce a lieu, pleines d’atrocités propres à créer l’effroi et dissuader tout nouvel élan de révolte. Si le peuple refuse de se taire, quel meilleur moyen que de le réduire au silence…

La répression mit fin à la Grande Jacquerie mais l’exemple était donné. En France et ailleurs en Europe, de nombreuses autres jacqueries éclateront dans les décennies et siècles suivants, chaque fois qu’un pouvoir inique serrera à l’excès l’étau fiscal.

Jusqu’aux soulèvements révolutionnaires de 1789, où la royauté aux abois tenta une ultime fois de faire accroire au peuple qu’il était écouté. Chaque village est alors invité à rédiger son cahier de doléances et les états généraux sont convoqués pour recenser les récriminations.

C’est un remède inutile : les Jacques d’autrefois laissent place à des Sans-culottes déterminés, avec tous les succès et les excès de la prestigieuse Révolution française. Ce n’est plus la jacquerie de quelques paysans, c’est la révolte de toute une nation.

Voilà pourquoi il faut prendre garde que la grogne de quelques-uns ne devienne l’insurrection du plus grand nombre… L’histoire de France a prouvé que les gouvernants ont toujours tort de mépriser le peuple, de regarder avec dédain ses malheurs quotidiens et de gouverner contre lui.

Billet d’humeur extrait du magazine Dialogues (février 2019)

Un commentaire

  • Thierry Lange dit :

    Très intéressant Mr le Maire de ma ville, impossible de ne pas faire le parallèle avec la situation actuelle , la peste en moins quoique !!
    Merci

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